Imaginer
Michel s’agenouille dans le sable, efface l’écriture du vent et dessine à son tour la Bretagne… Il explique tout simplement à un enfant qu’en face de lui se trouve l’Espagne et non l’Amérique. Point de professeur ici, seulement un père de trois enfants qui sait qu’un dessin vaut mieux qu’un long discours. Michel a toujours su quoi faire de ses mains et ce, depuis son plus jeune âge lorsqu’il fabriquait des bateaux en écorce ou donnait un coup de main à Jean au chantier naval de Kerleven. La ville close de Concarneau est son berceau, Port-la-Forêt est son domaine, l’archipel des Glénan son jardin. Il a de l’iode dans le sang… Ses vélos se nomment Vaurien et 420 et la mer devient sa route à lui. Point de bitume, mais des dos d’âne en forme de houle et de vagues. Ce sont ses repères et il les développe toujours plus sur le bateau familial, puis sur ceux des clients de son père. Avec ses amis du Cap Coz – Roland Jourdain, Jean-Luc Nélias, Denis Juhel… - les jours s’écrivent d’écume et d’embruns. Son imagination prend l’eau… dans le bon sens du terme.
Construire
« Se cracher dans les pognes » : voilà une expression que l’homme sait se conjuguer à lui-même. Car, avant de questionner les autres, l’homme s’est forgé lui-même, seul, cultivant « son propre jardin ». Formé au sein du chantier familial, Michel vient donner un coup de main à son ami Roland qui prépare la Mini Transat 1983 sur un Muscadet. Le bateau devient puzzle pour mieux revivre assemblé. Cette première expérience de la construction lui permet de comprendre comment s’articulent les différents éléments constituant un bateau. Comprendre… voilà dorénavant le maître mot qui va le guider. Soif d’explications et d’expériences, Pen Duick VI lui offre son bord un été et Philippe Jeantot l’embarque pour une saison sur son catamaran. Il entre dans la cour des grands. L’Atlantique étend son domaine et le premier tour du monde pointe ses premières déferlantes quand Eric Tabarly le prend comme équipier. Chapeau bas, le garçon n’a alors que 20 ans…
Concevoir
La Formule tendance en 1986 se nomme 40… Ces multicoques nouvelle génération ouvrent la porte à l’innovation et aux avancées technologiques. La page est blanche, et ça, Michel apprécie. Le carbone et les fibres kevlar entrent dans l’air du temps, la résistance des matériaux prend du muscle et le poids des pièces frise l’anorexie. Michel mange Recherche et dort Développement. Il n’oublie pas d’avaler des milles et encore des milles et remporte une Transat en double avec Jean Maurel, découvre un monotype nommé Figaro et épaule Alain Thébault sur son bateau volant. Mais le croqueur de milles va aiguiser son appétit d’inventeur lors de la Mini Transat 1991. Son Mini 6,50 récupéré attire tous les regards. Une quille pendulaire pousse sous la coque et un bout-dehors orientable pointe sur le nez du bateau : révolutionnaire ! Michel vient de poser sa patte, ce sera dorénavant sa marque de fabrique.
Courir
Courir, c’est d’abord concourir : pour Michel, l’intérêt d’une compétition dépend avant tout de la valeur du plateau des concurrents. Et peu importe les honneurs avec un grand H, l’homme aime la confrontation, la compétition et la proximité du public. Et si l’œ il pétille quand on égraine les CV des gladiateurs dans l’arène, le marin fait toujours face à ses responsabilités quand la porte s’ouvre. Michel ne tourne le dos à personne, il assume ses choix, ses idées et ses décisions. Ses victoires le prouvent : toujours se remettre en question, reprendre la page blanche et avancer. Une mécanique simple, huilée de méthodes franches et de soif d’apprendre. Deux Vendée Globe victorieux, une Route du Rhum, une Transat anglaise, trois victoires sur la Solitaire du Figaro… Les résultats sont là : Michel est un des meilleurs compétiteurs en solitaire, pas un compétiteur solitaire. Echanger, partager, discuter… Voilà sa façon d’être. Et si accepter son profond regard vert est un exercice, il vous dira qu’il ne peut pas vous regarder avec autre chose que ses yeux… Et oui : simple, franc, honnête et droit, tout simplement.
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